L' exposition coloniale de 1931
INTRODUCTION :
C'est à Paris, en 1931, que l'exposition coloniale internationale est organisée afin de mettre en avant la grandeur des empires coloniaux européens, plus particulièrement les colonies françaises. Cette exposition présentera des peuples et des civilisations issues de la colonisation ou de la mise sous protectorat d'une bonne partie de l 'Afrique noire et de Madagascar, de l' Afrique du Nord, d' Indochine ainsi que de la Syrie et du Liban, des colonies souvent méconnues.
Qu'est ce que l'exposition coloniale de 1931? Comment celle-ci s'inscrit-elle dans la IIIe République? Quelles réactions suscite t-elle?
I - Composition et déroulement de l'exposition
Inaugurés le 6 mai 1931, l' exposition ouvrit ses portes pendant 6 mois, prenant fin le 11 novembre 1931. Elle eut lieu à l' Est de Paris, dans le bois de Vincenne où s'est déjà tenue une première exposition coloniale en 1907.
Cette nouvelle exposition fut bien plus populaire.
1) Une exposition qui se veut spectaculaire
A la tête de cette exposition se trouvent des dirigeants de la IIIe République. Parmi ceux-ci, le commissaire général de l' exposition, le maréchal Hubert Lyautey, héro des guerres coloniales et résident général au Maroc depuis 1912, a suivi avec intérêt l' exposition marseillaise de 1922 et a organisé lui-même une exposition au Maroc en 1915. Quand il rentre en 1925 en métropole et qu'on lui propose de prendre en charge un projet d' exposition coloniale à Paris, il accepte immédiatement. Il est accompagné du ministre français des colonies, Paul reynaud et du président de la République, Gaston Doumergue ( président de 1924-1931 ).
L' exposition fut constitué de nombreuses reconstitutions venues tout droit des pays colonisés. Le joyau de l' exposition est une reproduction trés exacte, de plus de 50m de haut , du célébre temple d 'Angkor Vat. L 'édifice a été réalisé avec le plus grand soin: des moulages exécutés au Cambodge permettent aux visiteurs de découvrir les chefs d'oeuvres de l'art Khmer. On pouvait également y voir des maisons de repos annamite, des huttes abritant d'authentiques tribus africaines, des Palais Malgache, des mosquées tunisiennes. Des frises syriennes, des matières précieuses, des matériaux rares, des bijoux et des tissus colorés provenant de tous les pays colonisés décoraient l' exposition. On aménage aussi un parc zoologique, qui connu un vif succé. Vincennes prend alors un visage fantastique où se côtoient tous les styles.
2) Le déroulement de l' exposition
L' exposition coloniale avait pour but de montrer aux habitants de la métropole les différentes facettes des colonies en reconstituant des environnements naturels et des monuments d 'Afrique, d' Asie et d' Océanie, censés émerveiller les visiteurs.
Chaque jour des spectacles différents et plus exotiques les uns que les autres accueillèrent jusqu'à 300 000 visiteurs par jour. Le succés populaire et l'attrait du public pour les exhibitions exotiques rassurent les promoteurs de la colonisation. De mai à novembre, l' exposition a attiré un total de 8millions de visiteurs dont la moitié de Parisiens et 15% d' étrangers. Au total 33millions de tickets sont vendus étant donné le nombre élevé de visiteurs se déplaçant à plusieurs reprises.
C'est la plus grande affluence qu'ait connue une mannifestation parisienne depuis l 'exposition universelle de 1900 ( 50 millions de tickets vendus ).
Ces visiteurs pouvaient admirer des danses folkloriques de l 'Afrique Occidentale et pour les amateurs de nouvelles saveurs, des dégustations des rhums martiniquais ou réunionnais étaient mise à leur disposition.
Ils pouvaient ensuite découvrir le punch et s' essayer quelques pavillons plus loin, à manger avec des baguettes.
3) Une exposition internationale
Les différentes puissances coloniales ont été invitées à participer à cette mannifestation culturelle. Quelques uns ont cependant refusé l'invitation.
Les Britanniques, mettant en avant leurs difficultés financières dues à la crise économique, annoncèrent qu’ils ouvriraient seulement un stand commercial à la Cité bes informations. L’Allemagne usa du même subterfuge. Le Canada et l’Union sud-africaine acceptèrent une très modeste représentation. En revanche, la Palestine, pays sous mandat britannique, décida d’édifier un luxueux pavillon, sans doute pour faire pièce aux palais nationaux de la Syrie et du Liban. L’Espagne refusa le moindre geste de courtoisie, tandis que les États-Unis, les Philippines et le Brésil promirent d’édifier des bâtiments représentatifs de leur passé colonial. Au total, cinq États européens seulement construisirent des pavillons nationaux et coloniaux : le Danemark, la Belgique, l’Italie, les Pays-Bas et le Portugal.
II - La République coloniale à l' honneur
1) La vocation coloniale
A l’époque, la colonisation était une évidence politique incontestée comme dit Paul Raynaud, ministre des Colonies, le 2 juillet 1931 : "La colonisation est un phénomène qui s’impose, car il est dans la nature des choses que les peuples arrivés à son niveau supérieur d’évolution se penchent vers ceux qui sont à son niveau inférieur pour les élever jusqu’à eux."
Placée dans un contexte de morosité économique, confrontée à des troubles anticoloniaux, la France a besoin d’affirmer son rôle d’Empire colonial face à son rival britannique. Même le choix du Bois de Vincennes, région de Paris-Est, populaire, dont on disait qu’elle était assez gagnée par le communisme, démontre la volonté politique de retrouver la paix sociale agitée par les échos de luttes d’émancipation.
Le centenaire de l’ Algérie française, célébré partout en France en 1930 (l’Exposition coloniale est alors repoussée en 1931 pour ne pas gêner ce centenaire ), fixe le ton dominant pour l’Exposition de 1931, qui souligne les bienfaits du colonialisme. L’Algérie est montrée comme modèle de réussite coloniale.
Paul REYNAUD écrit même un livre d’or de l’Exposition coloniale internationale de Paris 1931, on peut citer quelques grandes lignes: " Le Français a la vocation coloniale. Cette vérité était obscurcie. Les échecs passagers du XVlllème siècle avaient fait oublier deux siècles d’entreprise et de réussite. En vain, depuis cent ans, nous avions retrouvé la tradition, remporté des succès magnifiques et ininterrompus : Algérie, Indochine, Tunisie, Madagascar, Afrique occidentale, Congo, Maroc. Malgré tout, le préjugé subsistait : le Français, répétait-on, n’est pas colonial. Il a fallu l’exposition actuelle et son triomphe inouï pour dissiper les nuées. Aujourd’hui la conscience coloniale est en pleine ascension. Des millions et des millions de Français ont visité les splendeurs de Vincennes. Nos colonies ne sont plus pour eux des noms mal connus, dont on a surchargé leur mémoire d’écoliers. Ils en savent la grandeur, la beauté, les ressources : ils les ont vues vivre sous leurs yeux. Chacun d’eux se sent citoyen de la grande France, celle des cinq parties du monde."
Cette événement a donc bien pour but de mettre en avant les colonies.
2) Les idées politiques
Pour le parti colonial qui, lui, du moins, restait fidèle à ses attaches républicaines, l’Exposition devait être un inventaire et une démonstration et servir avant tout au développement de l’idée coloniale dans le pays. Les parlementaires du parti ne convainquirent que tardivement Lyautey de la nécessité d’un gros effort financier pour la propagande intérieure. Alors que la Grande Guerre avait prouvé à tous les Français l’utilité des colonies et la sagesse du pari colonial engagé par les républicains modérés, il fallait leur démontrer à nouveau le bien-fondé de la colonisation. En effet, avant la Première Guerre mondiale, la gauche républicaine avait eu la plus grand mal à rallier l'opinion publique à son projet colonial. Mais les choses évoluent un peu entre les deux guerres mondiales, notamment grâce à la participation des indigénes à la guerre.
Curieusement, les hommes politiques furent rares dans leurs discours de 1931 à faire hommage à la République de cet immense empire colonial. Certes, le ministre des Colonies, Paul Reynaud, invita la foule à la reconnaissance vis-à-vis de ceux « qui ont fondé à la fois un régime et un Empire ». Certes, André Lebon, ancien ministre des Colonies, affirma que « la foule française avait salué avec déférence et attention la mémoire des artisans connus ou anonymes de l’oeuvre coloniale ». Mais aucun hommage spectaculaire ne fut rendu à Vincennes aux grands Républicains coloniaux. Il ne fut pas même question de Gambetta, l’initiateur, ni d’Eugène Étienne, son disciple, jusqu’à sa mort chef incontesté du parti colonial. Jules Ferry eut droit à une cérémonie commémorative à Saint-Dié, mais J. Paul-Boncour fut peut-être le seul à faire un rapprochement qui s’imposait : « Il me plaît que les splendeurs de cette Exposition coloniale où la France s’admire et s’étonne presque d’une oeuvre qu’elle ne soupçonnait point se soient ouvertes à l’heure où des foules venaient déposer la palme du souvenir dans celui qui en fut l’initiateur méconnu et torturé. »
III - Les contestations générées par l 'exposition
1) Une réalité cachée
Les membres du "parti" colonial s'inquiétent du caractère éphémère de l'angoument que provoque l' exposition. En outre, socialistes et communistes critiquent ce qui leur apparait seulement comme une représentation pittoresque de réalités bien plus complexes. La domination coloniale connait alors ses premières remises en cause: de ce point de vue, l' exposition coloniale de 1931 célébre moins l' avenir que le passé. Pour beaucoup, le paternaliste français masque la réalité des colonies car dans beaucoup des territoires, l'exploitation est la régle. L 'indigéne n'est pas citoyen français et les lois sont appliquées par une administration souvent impitoyable.
2) La " contre-exposition " et les tracts surréalistes.
Une Contre Exposition ouvre ses portes au public, le 19 septembre 1931.
Elle comporte trois sections. La première offre une rétrospective de la colonisation. On y montre les crimes des conquêtes coloniales. On y parle des troupes coloniales mortes durant la guerre de 1914. On se sert des témoignages d’Albert Londres et d’André Gide sur le travail forcé ... Dans la seconde salle, entièrement consacrée à l’URSS, les organisateurs opposent « au colonialisme impérialiste l’exemple de la politique des nationalités appliquées par les Soviets ». La visite se termine par une présentation des problèmes culturels soulevés par le colonialisme. Restée ouverte jusqu’en 1932, la contre-exposition n’eut pas le succès escompté par ses organisateurs.
À quelques jours de l’ouverture de Vincennes, les surréalistes publient et diffusent un premier tract intitulé " Ne visitez pas l’Exposition Coloniale ". Il s’agit, pour les douze signataires ( dont André Breton, Louis Aragon, René Char ...), d’alerter l’opinion publique. En voici quelques extraits :
Ne visitez pas l’exposition coloniale !
A la veille du 1er mai 1931 et à l’avant-veille de l’inauguration de l’Exposition Coloniale, l’étudiant indo-chinois Tao est enlevé par la police française. [...] Le crime de Tao ? Être membre du Parti Communiste, lequel n’est aucunement un parti illégal en France, et s’être permis jadis de manifester devant l’Elysée contre l’exécution de quarante Annamites.[...]
On n’a pas oublié la belle affiche de recrutement de l’armée coloniale : une vie facile, des négresses à gros nénés, le sous-officier très élégant dans son complet de toile se promène en Pousse-pousse, traîné par l’homme du pays - l’aventure, l’avancement.
Rien n’est d’ailleurs épargné pour la publicité : un souverain indigène en personne viendra battre la grosse caisse à la porte de ces palais en carton-pâte. La foire est internationale, et voilà comment le fait colonial, fait européen comme disait le discours d’ouverture, devient fait acquis.
N’en déplaise au scandaleux Parti socialiste et à la jésuitique Ligue des droits de l’homme, il serait un peu fort que nous distinguions entre la bonne et la mauvaise façon de coloniser. [...]
Aux discours et aux exécutions capitales, répondez en exigeant l’évacuation immédiate des colonies et la mise en accusation des généraux et des fonctionnaires responsables des massacres d’Annam, du Liban, du Maroc et de l’ Afrique centrale. »
Lorsque, le 27 juin, un incendie ravage le pavillon des Indes néerlandaises, les surréalistes réagissent par un autre tract, Premier bilan de l’Exposition Coloniale : « ainsi se complète l’œuvre colonisatrice commencée par le massacre, continué par les conversions, le travail forcé et les maladies ».
3) La représentation du " sous-homme "
La mise en situation des peuples colonisés, souvent déplacés de force, les fera plus tard qualifier de "Zoos Humains". On peut d'ailleurs remarquer la place que prennent les figures sur l' affiche officielle de l' exposition: au centre de cette affiche, quatre représentants du monde tel qu'il peut être parcouru en quelques heures par les visiteurs. On note que ces figures sont réduites à des stéréotypes facilement identifiable: le raffinement de l' Asie, la caractère primitif du Noir et de l' Indien et l' élégance du Nord Africain. En arrière plan, on peut distinguer à droite, le temple d' Angkor Vat montrant la présence française en Asie et à gauche, la silouhette d'un minaret surmonté du drapeau tricolore, illustre la vision d'un Maghreb français, cher au maréchal Lyautey.
Les colonisés quant à eux, obligé de servir d'objet de distraction ou de décor, montrèrent pour certains de l' agressivité: retenons par exemple que de nombreux visiteurs qui avaient employé le tutoiement vis-à-vis des marchands des souks furent vivement réprimandés par ceux auxquels ils s’adressaient. Ils se déclarèrent stupéfaits de cette agressivité. D’autres incidents éclatèrent entre des photographes amateurs et des colonisés ; ceux-ci protestèrent qu’ils n’étaient point des objets de curiosité.
Conclusion: L' exposition coloniale de 1931 a donc remporté un vif succé face à une population qui devait être instruite et émerveillée par les richesses des colonies. Tel était le souhait du Maréchal Lyautey. En France, personne ne doute de la pérennité du systéme existant et nul ne songe à préparer l'inévitable décolonisation. Il ne reste que peu de traces de l' exposition si ce n'est la pagode bouddhiste du bois de Vincennes et le parc zoologique, reconstruit en plus grand. Le reste a disparu de sorte qu'il n'existe plus en France aucun lieu de mémoire pour rappeler l' histoire coloniale de la République, pas même la contribution des indigènes des colonies aux deux guerres mondiales, qui est une question d'actualité.
je te remercie car grace a toi j ai eu une bonne note a mon exposer